La CAPD pour l'examen des recours des avis posés par le DASEN de Meurthe et Moselle s'est tenue le lundi 26 janvier 2026.
La CAPD d’examen de recours suite aux avis posés par l’Inspecteur d’académie à partir des comptes-rendus de rendez-vous de carrière s’est tenue le lundi 26 janvier 2026.
12 recours ont été examinés. Seuls 3 recours ont connu un changement d’avis final pour passer de Très satisfaisant à Excellent.
Désormais, même avec 9 items (sur 11) cochés « Excellent » dans la grille d’évaluation renseignée par les IEN, on n’est pas sûr d’avoir un avis final « Excellent » donné par le DASEN.
La CFDT Éducation Lorraine a contesté cette façon d’évaluer les collègues qui ne tient pas compte de l’investissement et des conditions d’exercice pour répondre à la constante macabre de l’exigence ministérielle qui consiste à faire de sorte que seuls 30% des avis peuvent être « Excellent ».
La CFDT Éducation a défendu tous les recours et a voté pour tous changements des 12 avis.
Ci-dessous la déclaration liminaire lue avant les travaux de la CAPD :
Déclaration liminaire de la CFDT Éducation
Monsieur l’Inspecteur d’académie,
Mesdames et Messieurs les membres de la CAPD,
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques Lorraine tient à réaffirmer son attachement indéfectible à une fonction publique fondée sur l’équité, la transparence et la reconnaissance du travail réel des personnels. Des principes régulièrement rappelés, et dont nous mesurons chaque jour la remarquable mise en œuvre sur le terrain.
Les recours en matière de promotions, que nous examinons aujourd’hui, s’inscrivent dans un contexte professionnel que l’on pourrait qualifier, par souci d’optimisme, de « stimulant » pour les professeurs des écoles de Meurthe-et-Moselle. Des collègues toujours plus investis, toujours plus sollicités, et dont l’adaptabilité semble désormais constituer une compétence naturelle, allant de soi, et ne nécessitant donc aucune reconnaissance particulière.
Nous souhaitons illustrer cette réalité par un témoignage récent extrait du Registre Santé et Sécurité au Travail. « Lors d’un temps de classe, un élève a fait une crise de colère d’une extrême violence et a quitté la salle en courant. Plusieurs enseignants ont dû intervenir pour tenter de le mettre en sécurité, la situation présentant un danger immédiat, notamment en raison de la proximité d’un escalier. Malgré l’application rigoureuse du protocole existant — preuve que les personnels connaissent parfaitement les consignes et les appliquent avec sérieux — l’élève a tenté de mordre les adultes, porté des coups, puis a été isolé temporairement dans une salle afin de permettre l’arrêt de toute contention. Cris, violences matérielles, vitres brisées, porte fendue sous les coups : une situation manifestement maîtrisée, puisqu’elle s’est déroulée conformément aux procédures ».
La réponse institutionnelle apportée à cet événement mérite, à ce titre, d’être saluée. Les faits ont été… « vus et pris connaissance ». Un accompagnement est annoncé. Une visite du médecin scolaire est même programmée.
Nous tenons à remercier l’institution pour cette réaction mesurée, qui démontre qu’en cas de danger immédiat pour les personnels, une réponse pourra être envisagée… ultérieurement. Les équipes apprécieront sans doute cette capacité à prendre de la hauteur, pendant qu’elles, très concrètement, tentaient d’éviter des blessures graves.
Ce témoignage n’a, bien entendu, rien d’exceptionnel. Il s’inscrit dans un quotidien où les enseignants sont tour à tour pédagogues, éducateurs spécialisés, médiateurs, psychologues, gestionnaires de crise et agents de sécurité improvisés… Une polyvalence remarquable, que la CFDT se félicite de ne voir apparaître ni dans les fiches de poste, ni dans les critères d’évaluation des carrières.
Dénoncer cela serait-il contraire au principe de l’inclusion ? Évidemment que non ! La CFDT en est fortement attachée. Cependant, comme l’écrit Éric Plaisance dans son ouvrage De la raison inclusive à une éthique de la reconnaissance, « l’engagement en faveur de valeurs humaines doit aussi mener à l’examen critique des moyens mis en œuvre ». Il s’agit d’articuler une éthique de conviction et une éthique de responsabilité.
Oui, l’éthique de l’inclusion scolaire est belle. Mais elle est souvent réduite à un slogan, un vœu pieux. La réalité est cruelle, et les élèves avec des besoins spécifiques en sont les premières victimes. Il est temps de reconnaitre les limites du système tel qu’il est aujourd’hui et de changer de paradigme pour prendre d’autres fonctionnements et d’autres mesures pour soutenir et soulager les équipes pédagogiques. Car les élèves, notamment avec des besoins spécifiques, ont besoin d’enseignants qui ont le temps de les écouter, de les comprendre et de les aider.
Au passage, loin de nous l’idée de minimiser la disponibilité et l’engagement des IEN pour apporter soutien et aide aux équipes avec les maigres moyens dont ils disposent. Bien au contraire, nous saluons leur réactivité.
Dans ce contexte, la CFDT s’interroge — et persiste : comment apprécier objectivement des dossiers de promotion sans tenir compte de cette réalité ? Comment parler de mérite professionnel sans intégrer l’exposition répétée à des situations violentes, l’usure psychologique, la fatigue accumulée, et ce sentiment tenace que quoi qu’il arrive, « l’accompagnement se poursuivra » ?
Les professeurs des écoles de notre département continuent pourtant de faire fonctionner l’École, souvent au prix de leur santé, pendant que la reconnaissance de leur engagement demeure rare, parcimonieuse, et parfois soumise à recours.
La CFDT Éducation rappelle que la promotion n’est ni un privilège ni une récompense exceptionnelle décernée à quelques élus particulièrement endurants, mais un élément normal d’un déroulement de carrière juste et lisible. À défaut, le recours devient non pas une anomalie, mais un outil de survie professionnelle.
Nous serons donc particulièrement vigilants lors de l’examen des recours présentés aujourd’hui, convaincus que l’équité ne peut se limiter à une application strictement comptable de critères, surtout lorsque cette équité s’exerce dans des conditions de travail que chacun connaît… et que l’on semble encore trop souvent découvrir a posteriori.
Nous vous remercions de votre attention.